Chronique tortuesque

Il y a de cela quelques mois, en février pour être exacte, alors que je reprenais juste la marche, la piscine et quelques mini footings trois mois après la naissance de Nino ; j’ai été prise d’un coup de folie. La folie du traileur, si si vous savez celle qui vous pousse à cliquer, à vous inscrire sur cette course impossible mais qui vous fait rêver ! J’ai cliqué ce 28 février, alors que je n’avais pas encore remis de dossard en course à pied. Je me suis inscrite au Marato Del Cims de l’Andorra Ultra Trail, 42,5kms pour 3000 mètres de dénivelé. Une course que j’avais faite en 2014, une course magnifique, une vraie course de montagne avec un passage d’escalade mais aussi une course que j’avais trouvé tellement difficile avec ses 2700 mètres de dénivelé rien que sur les 25 premiers kilomètres. Il me fallait un défi pour reprendre, le voilà tout trouvé, serais-je prête pour le 20 Juillet ?

Depuis ce jour, j’ai repris des dossards quasi tous les week-ends, je suis allée à l’entrainement, à la piscine, j’ai fait des sorties longues, remis mes baskets sur les sentiers cévenols de l’Aigoual pour me forcer, essayer de retrouver la forme mais les kilos de grossesse n’ont pas voulu fondre et mes muscles sont restés aux abonnés absents. Je ne me suis pas découragée j’ai poursuivi, je me suis accrochée avec le soutien de Ludovic qui m’a encouragé chaque jour, fait remarquer les progrès et m’a répété sans cesse « tu peux le faire, tu vas y arriver ».

En mai j’ai réussi à courir la seconde partie du marathon de l’Hortus, puis j’ai réussi à faire le tour du Pic Saint Loup. Enfin, en Juin je suis parvenue à faire une sortie de 7h dans les Cévennes 27kms, 2200 mètres de dénivelé.

Alors c’était décidé j’allais prendre le départ du marato ce 20 Juillet, je manquais encore de préparation, de muscles mais tant pis j’avais les ressources et le mental pour aller au bout.

20 Juillet 2019, me voici sur la ligne de départ avec Xavier et Priscilla, je suis stressée mais motivée, on se souhaite bonne chance et boum boum boum les feux d’artifices, c’est parti pour 42,5 kilomètres dans la montagne Andorrane.


La première bosse me sèche, mon corps est aux abonnés absents, je vois le peloton s’éloigner et je suis incapable de suivre. Mon chrono est d’ores et déjà pitoyable par rapport à 2014, cela me démoralise et au 8ème kilomètres je me dit que c’était trop tôt, que je ne suis pas prête c’était trop ambitieux sept mois après a naissance de Nino. J’envoie un sms à Ludo lui annonçant mon envie d’abandonner au 15ème kilomètre quand je le verrai. J’arrive au ravito dans les 15/20 derniers je pense, je n’avance pas et j’ai lâché dans la tête. Un français me remonte le moral, c’est beau, le temps est idéal, on est large sur les barrières horaires, il faut poursuivre, aller au prochain ravito pour voir. Je recharge en boisson au cas où, si la motivation devait revenir il reste du chemin avant le prochain point d’eau.

Je descends languissant de retrouver Ludo et Nino, mes appuis ne sont pas bons, je n’y arrive pas, je peste contre moi-même. Mais arrivée en bas le plus beau des sourires m’attend. Nino heureux de me voir me tend les bras, je l’embrasse, le câline, ça fait un bien fou. Ludo me dit que j’ai l’air d’aller bien ce qui est vrai, je n’ai mal nulle part, que les barrières horaires sont loin, que c’est seulement le début de course que la forme peut revenir. Je me rappelle alors les heures d’entrainement, les réveils à l’aurore pour courir à la fraiche, les sacrifices de Ludo sur son propre entrainement pour me laisser courir, nager. Je me dis que je rêve de passer la ligne d’arrivée avec Nino. On n’a pas fait tant d’efforts pour que j’abandonne alors hop hop hop un coup de pied aux fesses c’est reparti !


J’attaque la seconde montée, la plus longue, tranquillement, sans me mettre dans le rouge. Je me surprends à revenir sur les gens qui m’avaient lâché lors de la première bosse, avec la chaleur les concurrents rament. Alors pas après pas je fais mon petit bout de chemin. La montée se déroule sans accrocs, je me régale même, prends des tonnes de photos, discute avec les coureurs que je croise. La pente se fait forte, mais peu importe, je profite désormais de ma « balade ». Arrivée Au col d’Arenes, je sais qu’un passage type via ferrata m’attend et je languis la vue de là-haut. Tout se déroule au mieux, les paysages sont à couper le souffle (au sens propre comme au figuré à 2700 mètres d’altitude).


La descente vers le dernier ravito où je dois retrouver Ludo et Nino se passe bien jusqu’à ce que mon genou gauche me lâche. La douleur est telle que je ne peux plus plier la jambe. Je profite du ravitaillement pour prendre le plein de câlins, de sourires et d’amour et je repars en crabe vers l’arrivée. Les douze derniers kilomètres sont un enfer, j’ai la patate, envie de courir mais je ne peux pas plier cette jambe, cela me bloque, j’en pleurerai. La descente dure une éternité dans ces conditions mais je sais qu’à l’arrivée il y a deux kilomètres de goudron où je pourrais enfin courir. Ludo m’a fait la surprise de remonter un peu le parcours avec Nino pour m’encourager c’est génial. Plus que trois kilomètres de plat et je l’aurais bouclé ce marato ! Je cours, là où les autres marchent, cela ne rattrapera pas mon retard sur le chrono mais cela me fait du bien, je suis capable, j’ai encore du jus en cette fin de course.


Enfin, la joie de prendre Nino dans mes bras, de franchir la ligne d’arrivée avec lui, je le couvre de baisers, je suis émue, ce souvenir restera gravé. Et puis je suis fière aussi, je l’ai fait, je n’ai pas lâché, j’ai réussi ce défi complétement fou !


Marine





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