48ème édition des 100 km de Millau

1200 de D+ et 100 km... ce n’est pas un trail mais la plus ancienne course sur route en France et aussi la plus difficile. Avec chaque année plus de 1.000 coureurs qui défient cette course de Légende, Millau, c’est la « Mecque du 100 km ».

J’avais participé à la 27ème édition au siècle dernier et m’étais juré d’y revenir un jour... Cette année ce temps est enfin venu et j’ai coché très tôt la date comme l’objectif sportif de l’année ... et hérité du dossard 2... Pour une 2ème participation, ce sera le chiffre porte bonheur.


La préparation prime l’action

On ne parle jamais de la préparation dans les comptes-rendus de course, mais on devrait. La réussite ou pas le jour J en dépend à 95%. A Millau c’est 110%, la course est tellement longue et difficile que sans une préparation adaptée et réussie, il n’y a aucune bonne surprise possible. Tous les détails comptent !

Cet été j’avais passé mes dimanches matin au départ de Valflaunes pour arpenter inlassablement les 3 km de montée (puis redescente) sur la route pour monter au plateau de l’Hortus. Indispensable pour se préparer à affronter les cotes des 100 km de Millau.


A plusieurs on va plus loin

A Millau, le suiveur joue un rôle déterminant dans la performance du coureur. Il est d’ailleurs tellement recommandé qu’il fait officiellement équipe avec le coureur avec un dossard spécifique! Et comme rouler 100 km dont 16 de cotes souvent bien pentues n’est pas trivial il doit lui-même avoir un très bon niveau à vélo. Alain R. a joué ce rôle à merveille. Il n’a pas été incroyable car je savais déjà qu’il avait toutes les capacités sportives et humaines requises, mais il a été mieux que ça. Qu’il en soit 1.000 fois remercié. Une prochaine fois, nous échangerons les rôles !


Le lièvre et la tortue

Quelle belle ambiance au départ ! Par tradition les coureurs font, en marchant derrière une belle fanfare, un défilé en ville, en passant par la Place du Mandarous, avant d’arriver sur la ligne de départ. Beaucoup de joie et d’émotions pour tous, après de longues semaines et mois de préparation, de rêves et de craintes, nous y sommes enfin et nous savons que la journée va être très longue et très dure...

Nous sommes 1.600 dont 1.300 sur le 100 km et 300 sur le marathon. Au départ, je me suis faufilé quasiment en première ligne, les élites (une 15 aine de coureurs) viennent se placer devant, même si personne n’a de dossard distinctif.


10h00, c’est parti ! La meute est lâchée, incroyable, je suis doublé de toutes parts... J’ai beau parcourir le premier kilo en 5mn10, des dizaines de coureurs me doublent. Où vont-ils ? Certains sur le marathon, mais la plupart sont sur le 100 km et certains ont déjà le souffle lourd ! Je reste sur mon plan de marche et je m’installe tranquillement dans ma bulle...

Km7 : c’est là que l’on retrouve les accompagnateurs à vélo. C’est parti, Alain va m’accompagner toute la journée. Bar roulant à volonté ! Je suis installé dans la rythme prévu (à peu près 12 km/h), et je m’efforce de « caresser » le bitume, pour dépenser le moins d’énergie possible. Millau c’est comme rouler 100 km avec 1 litre d’essence, chaque goutte doit être utilisée de la façon la plus efficiente...

Km 25 : 2h11. Je suis 98ème. « Échauffement » en cours.

Km 42 : 3h42 pour la distance du marathon qui nous ramène à Millau. Je suis 67ème, mais l’ « échauffement » certes un peu long n’est toujours pas terminé, même si pas mal de coureurs partis vraiment beaucoup trop vite ont « explosé » à partir du km 30. J’ai la joie de croiser comme annoncé Philou, Gilles et Valérie, le fan club du CRC qui ont fait le déplacement. Ils sont plein d’énergie et de bonne humeur et cela fait plaisir d’avoir leurs encouragements ! Petit tour en ville mais cela ne dure pas longtemps, direction Saint-Affrique !


Km 48, les vacances sont terminées...

En face une montée de 2 km, très raide, sous le soleil, pour passer sous le Viaduc. 80% des coureurs devant moi marchent car c’est vraiment pentu. Je passe en courant lentement et double 4 ou 5 coureurs dans cette portion. C’est maintenant que la course commence réellement. Mais cette première cote n’est qu’un hors d’œuvre...

Km 60 : pied de la cote de Tiergues. J’ai la joie de retrouver Philou, Gilles et Valérie pour de nouveaux encouragements. Ici commence la Légende avec les 4 bons km de la cote de Tiergues. C’est parti ! Plein de coureurs sont en train d’exploser, à commencer par le meneur d’allure 9 heures qui est cuit ! Tout le monde s’encourage, il y en a besoin ! Alain est toujours d’une présence et d’un soutien formidable à mes côtés.

Km 71 (6h20) : arrivée à St Affrique après une longue descente de 7 km... Je sais que l’allure en descente est traitre car cela fatigue les cuisses. J’arrive en bas en n’ayant plus beaucoup de fraicheur, mais comme me le dit Alain, « les autres sont encore plus cuits que toi ». Comme j’ai assez bien monté Tiergues, je suis remonté à la 28ème place, il commence à ne plus y avoir beaucoup de monde devant !


Money time

Il faut remonter les 7 km dans l’autre sens et c’est moment que je crains puisque j’avais calé là il y a 21 ans... Je l’ai préparé dans ma tête depuis bien longtemps. Les deux premiers kilos sont les plus raides et j’arrive encore à les passer assez bien. Je continue à grignoter quelques places même s’il n’y a vraiment plus grand monde. Seul avec Alain face à la pente et à la fatigue... Je sais que si je bascule au sommet (km 78) avec encore un peu d’énergie ce sera presque gagné avec possibilité d’une place intéressante au scratch.

Depuis le début, mon rythme de course est de faire des pauses à la marche d’une minute toutes les 19 mn. Mais maintenant le redémarrage après chaque pause devient difficile car j’ai mal partout dans les jambes et du mal à relancer l’allure. Il faut à chaque fois plus d’un km pour réchauffer la machine et retrouver le rythme. Mais je sais que ce serait pire sans les pauses...

Km 90 : c’est presque gagné sauf qu’il y a la dernière montée de 2,4 km. Celle-ci est terrible, et j’ai un début de crampe dans les premiers hectomètres. J’arrive à l’étirer et c’est reparti, en courant mais lentement... Patience la cote n’est pas si longue. Mais la fatigue générale est telle que j’ai envie de m’endormir... J’essaye d’enchainer les pensées positives. Je traine ma carcasse jusqu’au pont de l’entrée de Millau à 2,4 km de l’arrivée... cela sent l’écurie... Mais à l’entrée du pont, deux nouveaux débuts de crampes... Je m’arrête pour les étirer, pas le choix. A ce moment là je suis doublé par un coureur pour la première fois depuis plus de 30 km. Il ne va pas si vite, mais il court, lui. Si je dois faire les deux derniers kilos en marchant, cela va tout de même être long. Je ne sais pas comment mais j’arrive finalement à repartir en courant, doucement.


Quand il ne reste rien, tout donner

Km 98 : entrée dans Millau, il ne me reste rien, mais je donne tout. Et là miracle, si si, une euphorie m’envahit. Je crie ma joie, et même certaines obscénités sorties de leur contexte. Et je retrouve mon allure de 12 km/h. Je « vole »... et je reviens progressivement sur le compère coureur qui vient de me doubler. Philou, Gilles et Valérie sont là, et ils sont mieux que les lièvres de Kipchoge. J’arrive encore à accélérer un peu et à re-doubler mon compère à 300 m de l’arrivée, juste avant l’entrée dans le Parc de la Victoire.


La chute de l’histoire...

A ce moment là, une des accompagnateurs à vélo que je suis en train de doubler, qui ne m’a pas vu car absorbée au téléphone donne vers moi un grand coup de guidon quand je passe à son niveau. Je suis projeté violemment à terre... En un éclair, je me rattrape avec la main droite, évitant de peu de percuter le sol avec la tête, et c’est le genou qui prend tout, il dégouline de sang. A la fin de l’éclair je me dis que c’est spectaculaire mais pour l’instant j’espère pas si grave... Je me relève et repars. Pendant ce temps là l’autre coureur m’a redoublé. Je rentre dans le parc de la Victoire. Sprint improbable après 99,7 km et je repasse finalement devant à 200 mètres de l’arrivée !


100 derniers mètres, je savoure ... la ligne d’arrivée est enfin franchie. Épuisé, meurtri mais heureux. Encore mille milliards de mercis à Alain, et merci aux encouragements tout au long de la journée du trio du CRC.

9h11, 20ème au scratch et 3ème M2. Incroyable !


Thierry C

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