Ultra Trail du Mont Blanc (UTMB) 2019

UTMB 2019



Voilà nous y sommes, Chamonix place du triangle de l’ amitié, vendredi 30 août 17h45, Laurent et moi sommes prêts à prendre le départ d’ une course mythique : l’ UTMB ou ultra trail du mont blanc, c’ est la course phare annuelle du trail running mondial.

Dès sa première édition en 2003, elle a été appelée, « la course de tous les superlatifs ».

Le tracé s’ apparente à un tour complet du massif du Mont Blanc en passant par l’ Italie et la Suisse. 171kms et quelques 10 000 mètres de D+ , ça use les chaussures !!!

Je ne sais pas trop par où commencer pour raconter mes 34 heures et quelques minutes de course …



Alors, petit retour quelques mois en arrière, fin 2018,

Laurent et moi sortons d’ une belle saison, tous les voyants sont au vert, nous avons tous les deux un petit rêve secret qui mûrit saisons après saisons, courses après courses et nous pensons avoir aujourd’hui assez d’ expérience pour tenter l’ inscription à l’ UTMB .

Donc, c’ est fait ! Nous voilà inscrit, enfin plutôt « pré-inscrit », car on obtient pas un dossard comme ça, il faut d’ abord montrer que nous sommes capables de participer à une telle épreuve. Cela se fait durant les année précédentes en participant à certaines courses qui rapportent des points etc.….

Enfin, tout un système fortement critiqué dans le monde du trail, enfin passons …..

Nous voilà le 17 décembre date d’ ouverture des préinscriptions,

Le tirage au sort aura lieu le 10 janvier à 10h00, on croise les doigts avec Laurent car nous nous sommes inscrits en groupe, cela nous permet d’ être sûr de bénéficier du même résultat lors du tirage au sort, positif pour les deux ou négatif pour les deux .

Si nous avons de la chance, cela nous permettrait en cas de tirage au sort positif de faire la préparation ensemble et le déplacement.


Début janvier le stress est à son niveau maximum, je trépigne d’ impatience avant le verdict.

Et BIM !!! L’e-mail tombe, nous sommes sélectionnés !!!!

A ce moment là on a l’ impression d’ avoir gagné quelque chose de grandiose et en même temps on se rend compte qu’ on est bien dans la « mer.. » maintenant.

Et c’ est partie pour un planning d’ entraînements et de courses ayant pour seul objectif : être finisher.


PRÉPARATION

La préparation commence tranquillement, en janvier et va se dessiner et augmenter tranquillement au fil des mois en s’orientant vers des sorties longues autour de l’ Aigoual, Pic st Loup, Sérane….

Du classique pour nous, « malheureux » Trailers des villes et de la plaine .

Nous grefferons quelques courses pour justement aller chercher ce manque de « vraies montagnes »

  • Février, pour la mise en bouche, Sauta Roc 26 kms en 2h19 et 14éme scratch.

  • Mars, on monte crescendo, trail aux étoiles 60 kms en 7h03 et 28éme scratch.

  • Mai, on y va doucement mais sûrement, Heraultrail 76 kms en 9h44 et 13éme scratch.

  • Juin, on rentre dans le sérieux, UTPMA 110 kms en 16h20 et 38éme scratch.

  • Juillet, vacances dans les Pyrénéens, randonnées en famille + sortie trail en montagnes + pour finir les vacances , le trail du Caroux 28kms en 4h27 et 10éme scratch suivi d’ un petit tour du Mont blanc sur 4 jours, et oui, on a pas 40 ans tous les jours, j’ en profite au passage pour remercier Christelle pour ce beau cadeau.

Je me suis donc inscrit à un stage de reconnaissance, pour pouvoir faire l’ intégralité du parcours en 4 jours, Je recommande pour plusieurs raisons de participer à ce genre de stage.

  1. -Premièrement, et pour moi la raison principale, le tour du Mont blanc est un parcours magnifique, mythique et qu’ en le faisant de cette manière il vous permet de profiter pleinement des paysages (car on se déplace durant la journée, contrairement à la course qui a de grosses parties de nuit).

  2. -Deuxièmement, il permet de repérer le parcours, pour pouvoir mieux gérer lors de la course , les montées, descentes, les portions roulantes ou techniques et les ravitos…..

  3. -Troisièmement, cela m’ a permis de rencontrer un tas de personnes venant de différentes régions et mêmes pays, aux différentes pratiques et de divers niveaux, cela restera un super souvenir.

  4. -Quatrièmement, c’ est tout simplement un super entraînement quand on le positionne pile 1 mois avant la course.

Cela m’ aura permis de cumuler en juillet, 51 heures d’ entraînement de qualité, 311 kilomètres et 18 000 mètres de dénivelé positifs. (je ne compte pas les randonnées)



Voilà pour ma préparation, je me présenterai au départ fin août à Chamonix avec environ      2 000 kms dans les jambes, 250 heures passées dehors, et 70 000 D+ pour la course à pied et en vélo environ 600 kms en 30 heures et 8 000 D+ en 15 sorties de VTT et vélo route (insignifiant)….

Tous les voyants sont au vert, pas un bobo, pas une ampoule au pied, impatient de me retrouver sur la ligne de départ .


ASSISTANCE

Point important, lors d’une telle aventure, si on veut mettre un maximum de chances de son coté pour boucler une telle course, il faut une assistance.

Il m’ arrive souvent de faire de ( petits ) Ultra de 60 à 100 kilomètres sans assistance, mais là, c’ est pas la même…..

A oui ! J’ ai oublié de préciser que c’ est la première fois que je m’ aligne sur une telle distance,



Je n’ ai jamais dépassé les 120 kms en distance et 18 heures de course.

Je n’ ai jamais passé une nuit entière dehors !!!

Pour l’ UTMB, je vais certainement doubler cette durée et devoir passer 2 nuits dehors….

Alors, oui l’ assistance va avoir une importance primordiale, tant sur les points techniques que psychologiques.

Christelle (ma femme) et Joël ( un ami) feront équipe pour me soutenir tout au long de cette aventure.

Pas moins de 300 kilomètres de routes jours et nuits pendant la course pour prendre soin de moi !!! Merci !!!


ARRIVÉE SUR CHAMONIX

Nous arrivons à Chamonix la veille de la course, il fait très chaud la journée et des orages éclatent en fin d’ après midi, nous devrions avoir la mêmes météo durant la course, pas trop froid la nuit et plutôt chaud la journée…..

Nous allons récupérer les dossards en milieu d’ après midi et profitons, au passage du salon du trail, ou l’ on croise une multitude de grands noms du trail dont Dawa Scherpa…..


Nous nous présentons aux halles des sport pour récupérer nos dossards auprès des bénévoles, une sacrée organisation bien huilée, c’ est beau à voir. Je prend ma file et attend mon tour pour le contrôle du matériel, je tombe sur une dame super sympa, on papote un peu tout en contrôlant le matériel obligatoire pour la course et là surprise, elle connaît Castries !!!

Encore mieux !!! elle connaît le Castries running !!! En fait c’ est la Tatie de Geraldine Rizzi qui est membre du Club, excellent et tout à fait inattendu !

Quand on voit le nombre de bénévoles présents et le nombre de postes, la probabilité de tomber sur elle était très faible.


Pour la petite anecdote, après avoir discuter un peu, elle me demande de faire un selfie avec elle, je vous raconte pas la tête des autres coureurs à ce moment là, tout le monde se demande qui je suis... Mdr


LA COURSE

Nous voilà avec Laurent sur la ligne de départ, l’ ambiance est électrique, tendue et surtout humide car il vient de faire une grosse averse, la journée a été très chaude, l’ air est irrespirable…

Le speaker donne les dernières recommandations et nous annonce que les conditions sont plutôt bonnes et que nous aurons droit au parcours intégral, c’ est à dire complet avec « les pyramides calcaires » et pour finir « Tête aux vents ». Ces deux portions sont souvent supprimées en cas de mauvais temps car jugées trop dangereuses, en 17 éditions se sera seulement la 3éme fois que le parcours complet sera effectué.

Nous sommes excités d’ apprendre la bonne nouvelle mais cela veut dire que la course va être encore plus longue……


Le speaker lance la fameuse musique de départ, c’ est grandiose, on a la chair de poule, c’ est notre UTMB qui commence !

On se regarde, on s ‘encourage 3,2,1 c’ est partie !!!

Nous sommes 2600 coureurs à nous lancer dans cette folle aventure.

Il y a une ambiance de dingue dans les rues de Chamonix, qui va durer pendant des kilomètres, c’ est impressionnant !!!


Chamonix km 0 – St Gervais km 21

Les premiers kilomètres sont assez plats avec quelques petites bosses jusqu’ aux Houches, nous sommes sur une moyenne de 11km/h, il ne faut pas s’ enflammer,

Avec Laurent nous effectuons les premiers kilomètres ensemble avant de nous séparer au niveau des Houches.


Chacun prendra son rythme, c’ est plus sage.

On enchaîne ensuite avec l’ ascension du « Delevret », première petite bosse, j’ aperçois parmi les spectateurs Nurias Picas la gagnante d’ une édition précédente.

Il y a un monde fou et une ambiance terrible !


Je rejoins pendant la montée Nathalie Henriques une trailleuse de chez nous qui a un super niveau. C’ est surtout un grand plaisir de partager quelques kilomètres avec elle, pour discuter un peu, c’ est une super nana, avec une super mentalité. (malheureusement cette année, pour elle, l’ aventure s’ arrêtera à la « Fouly » km 113. )


J’ arrive au ravito de St Gervais km22 à la 501éme position en 2h 29.

Tout va bien, j’ aperçois Christelle et Joël qui sont venu m’ encourager, mais à cet endroit, l’ assistance est interdite.

Une poignée de fruits secs et je file vers les Contamines, prochain ravito…..


St Gervais km 21 - Contamines km 32

Il y a une ambiance de fou, du monde partout, une ambiance digne du tour de France !!!

On monte tranquillement vers les Contamines, je m’ y arrête pour sortir ma lampe car en repartant du ravito la nuit pointe le bout de son nez.

La course commence vraiment là.

Je me sent super bien , c’ est top !


Contamines km 32 - La Balme km 40

Première longue ascension qui nous mène au col de la Croix du bonhomme.

J’ arrive à la Balme km 40 à la 410éme position en 5h28.

Je me ravitaille et demande l’ infirmerie, pas d’ inquiétude, tout va bien, je vais juste dire bonjour au frère de Sylvain, Nicolas Privat, qui participe à l’ organisation de l’ UTMB en tant que médecin bénévole.


Sympa de faire sa connaissance en telles circonstances , trop cool. Les Privat, une chouette famille !

J’ en profite pour m’ habiller car il est 23h30, la fraîcheur commence à se faire sentir, nous sommes à 1700 mètres d’ altitude et nous montons au Col du bonhomme qui se situe à 2500 mètres….


Pendant mon ascension je me retourne, et là j’ aperçois toutes les frontales des coureurs qui forment un serpent lumineux qui descend jusqu’ au fond de la vallée, c’ est magnifique, magique !


La Balme km 40 – Les Chapieux km 51

La longue ascension jusqu’ au col de la croix du bonhomme se passe bien, j’ ai pris mon rythme, je fais attention à mon hydratation et mange de petites quantités à intervalle régulier.


La nuit est fraîche mais pas froide.

Je bascule vers le refuge de la croix du bonhomme km 46, je pointe à la 395éme place et 2900 de D+


J’ avance bien tous les voyants sont au vert.

Seul bémol, je m’ ennuie un peu par moment car autour de moi, pas grand monde pour discuter, la plupart des coureurs sont des étrangers, beaucoup d’ asiatiques…. Pour taper la causette, c’ est pas top, mais bon j’ avance…..


J’ attaque la grande descente sur les Chapieux, environs 10 kms, il faut faire attention dans ces longues descentes à ne pas se cramer les cuisses.

J’ arrive au Chapieux en 384eme position déjà 7h25 de course.


Les Chapieux km 51 - Col de la Seigne -

Lac Combal km 69

Je repart des Chapieux après un passage obligatoire au contrôle du matériel.

Tout est ok,

Je repars en direction du Col de la Seigne.

Le début de la montée commence tranquillement sur une petite route en faux plat montant puis on quitte la route pour emprunter un petit sentier qui nous annonce la véritable montée.


C’ est l’ endroit le plus froid de la course, un petit vent souffle mais cela reste supportable.

J ‘imagine les années ou la météo est moins clémente, avec de mauvaises conditions météo ce passage doit être terrible.


Je passe le Col de la Seigne vers 3h25 du matin, maintenant nous sommes en Italie.

Je me dis qu’ il est vraiment dommage de passer là de nuit, car en juillet je suis passé ici au même endroit en journée, et bien je peux vous dire que ça vaut le coup d’ œil….

Une courte descente nous mène au pied des pyramides calcaires, petite ascension, mais sur un terrain très technique. Nous évoluons tout au long de la montée et la redescente sur des blocs de pierres où il est très difficile de courir.


Après ce passage assez cassant on regagne des sentiers plus cools pour descendre jusqu’ au ravito du lac Combal.


Lac Combal km 69 - Col Checrouit km 77 -

Courmayeur km 82

Au départ du lac Combal une petite ascension nous mène à l’ arrête du Mont Favre. Puis un beau sentier en balcon nous descend tranquillement vers le col Checrouit. En même temps le jour se lève, quel spectacle !!!

J’ avais peur de trouver le temps long mais finalement ma première nuit se passera bien et plutôt vite.


J’ éteins ma lampe juste avant d’ arriver au ravito du col Checrouit.

Après un bref arrêt, je vais pouvoir m’ attaquer à la descente sur Courmayeur qui est longue et très raide.

J’ arrive à Courmayeur, il est 7h10 du matin je cumule 82kms 4700 M de D+ cela fait plus de 13 heures que je suis partis de Chamonix, je suis 311eme, et…... ça va.


Courmayeur est une base de vie, je retrouve mon équipe d’ assistance de choc, Christelle et Joël, il y a aussi Virginie, la femme de Laurent qui n’ est pas très loin derrière (environ 2 heures).

Ça fait du bien de voir du monde et de pouvoir parler, j’ en profite pour changer de tenue et de chaussures, pour repartir frais, tout neuf, enfin, neuf d’ occasion…. Faut pas abuser quand même !!!


Je mange un peu, mais je n’ ai pas trop d’ appétit.

Je regarde autour de moi, je vois que certains ont mauvaise mine !

Certains ne repartirons jamais…..

Je repartirai après 40 minutes d’ arrêt.

Tutto va bene !


Courmayeur km 82 – refuge Bertone -

refuge Bonatti- Arnouvaz km 98

Je repars de Courmayeur tout frais, prêt à en découdre avec une belle journée.

Cela commence avec une montée vers le refuge Bertone.

Pendant mon ascension, je tombe sur un groupe de randonneurs qui encouragent les coureurs tout en montant eux aussi.

Ils crient nos prénoms en repérant les dossards français, je décident de ralentir et de discuter avec eux.

Et à ce moment là, nous nous apercevons que nous avons le même accent, « et vous venez d’ où ? »

« du sud de la France ! » « oui mais d’où ? » « du coté de Montpellier !» « « ah bon ! » Je leur dis que moi aussi « mais d’où exactement ? » et là, ils me disent qu’ ils viennent de Vendargues et Castries !!! Espanté !!! (étonnement général)


Nous échangeons un moment, mais il est temps de reprendre le bon rythme car je n’ ai pas encore fait la moitié du parcours.

C’ était excellent de tomber sur ce groupe de personnes super sympathiques, ça donne des forces pour la suite et pleins de bons souvenirs en plus des paysages.

J’ arrive au refuge Bertone km86, ça y est, j’ ai fait la moitié, le plus long est derrière. La partie qui se trouve devant moi est donc plus courte !

Ça à l’ air con dit comme ça, mais dans la tête, ça a une importance, enfin, pour moi, ça m’ aide !


En ultra tout est bon à prendre…

En repartant du refuge Bertone une des plus belle partie du parcours s’ offre à nous, jusqu’ au refuge Bonatti, nous évoluons au dessus du val Ferret (coté Italien du mont Blanc) et des grandes Jorasses c’ est tout simplement SUBLIMISSIME !!!

Difficile de ne pas ralentir et de lever le nez à cet endroit, j’ en profite, pour faire quelques photos et vidéos, j’ échange mêmes quelques messages avec les copains du club.

C’ est vraiment un bon moment, malgré les premiers signes d’ alerte que mon corps me fait sentir.


Je décide donc de ralentir jusqu’ à Arnouvaz, ravitaillement que j’ atteins à 11h25 du matin à la 315eme place, je suis à 17h25 de course. ça va, sauf que je vais devoir faire l’ ascension du grand col Ferret en pleine chaleur, le pire moment de la journée pour fournir un tel effort !

Je décide donc de faire un bon arrêt à Arnouvaz .

Ca va mieux, j’ arrive à m’ alimenter et cela me rassure, je me lance donc à l’ assaut du grand col Ferret……



C’ est parti pour une belle montée, j’ essais d’ avoir une allure assez régulière et de rester souple et me concentre sur ma respiration.

Arrivé aux environs du tiers de la montée, je tombe sur une fille qui a l’ air en difficulté, enfin, elle n’ a pas que l’ air à vrai dire vu quelle est en train de vomir, je décide de m’ arrêter un moment pour voir si je peu l’ aider, elle hésite à faire demi-tour pour abandonner, je lui conseille de s’ allonger pour se reposer un peu et de faire un point de la situation dans 1/2 heure, je la rassure et lui dit que c’ est normal et que rien n’ est encore fini, « la machine peu repartir »,


Elle décide de m’ écouter, je la redescend quelques mètres plus bas vers un petit ruisseau pour qu’ elle se rafraîchisse.

Je suis à présent rassuré, elle se sent mieux, je repars en direction du col, j’ espère que mes conseils lui serviront à reprendre des forces et à lui redonner courage pour repartir (même si à mon avis du courage il ne lui en manque pas…).


Ça y est je bascule en Suisse au grand col Ferret à 12h44, je suis 293éme, 103 kilomètres….


Grand col Ferret km 103 – La Fouly -

Champex le Lac km 127

Je m ‘engage maintenant dans une très longue descente vers la Foully et là je sens que la course vient de basculer dans une autre dimension, enfin surtout mes cuisses, je commence à sentir les premiers signes de fatigue, mais bon, pas de panique, à ce stade de la course cela est tout à fait normal, cela fait juste 19 heures que je crapahute et déjà 6700 mètres de D+ avalé…..


Je descend tranquillement jusqu’ à la Fouilly en essayant d ‘économiser au maximum mes cuisses, mais j’ ai toujours autant de mal à m’ alimenter.

Je retrouve mon assistance de choc après les 10 kilomètres de descente, et je sais qu’ après ce ravito il m’ en reste encore 10, et toujours en descente !

Ça me fait un bien fou de les voir, je fais un bon arrêt. Je m’allonge un peu pour essayer de récupérer un peu de forces pour la suite.


Je croise Virginie en repartant, cela me permet de prendre des nouvelles de Laurent, je suis content d’ apprendre que la course se déroule bien pour lui aussi, même si à ce stade de la course lui aussi commence ressentir les premiers signes de fatigue…..

Je repars en 286éme position de la Foully en piquant au passage une poignée de Bretzel à Virginie, c’ est triste, mais à ce moment là, il n’ y a que ça qui passe et je ne suis pas sûr que ce soit bon signe pour la suite…..


On garde le sourire et on repart, j’ ai de la chance d’ être là…..

Cette portion est assez facile,10 kilomètres alternant chemins, pistes forestières et petites routes en légère pente descendante.

Cet endroit est très jolie, nous traversons une multitudes de petits hameaux tous plus beaux les uns que les autres, un vrai petit paradis dont seuls les Suisses on le secret, on a l’ impression d’être dans des décors de films.

Puis au fond de la vallée nous arrivons au pied d’une petite cote d’ environ 3 ou 4 kilomètres 500 D+ qui nous mène à la base de vie de Champex le lac. Km 127 il est 17h00 ça fait 23h00 que je cours !!!


Là je me souviens des paroles de Laurent, « 90 % des mecs qui arrivent à Champex finissent l’ UTMB ».

Bon ok, facile à dire, il me reste à présent un gros marathon, environ 45 kilomètres prêt de 3000 mètres de D+ répartis sur 3 bosses, je sais que ça va pas être de la tarte.

Je décide donc de faire un gros arrêt au stand (environ 50min) je sais que pour finir, cet arrêt est nécessaire, il va conditionner en partie ma fin de course, de plus j’ ai toujours autant de mal à m’ alimenter, heureusement le potage magique de l’UTMB passe toujours.


J’ ai droit à un super massage de Joël grâce auquel je retrouve des jambes presque neuves…..une paire chaussettes neuves, de nouvelles chaussures, tout ça me fait un bien fou !



Champex lac km127 – Trient – Vallorcine km 154

Je redémarre à 17h50 à la 304éme place, je prends un rythme vraiment tranquille.

Et là je me cale avec un gars assez exceptionnel, en fait, c’ est simple, il est tout simplement le seul à avoir participé à tous les UTMB depuis la création et surtout, tenez vous bien ! il les à tous terminés !!!!


Un dingue ! Un vrai phénomène ! connu comme le loup blanc, fan club dans tous les petits villages et surtout un bon compagnon de course, parfait pour moi à ce moment là pour casser la monotonie de la course et pour me relancer.

Vraiment un chouette gars ce Didier Delemontez qui finira sur la 2éme marche du podium V3 s’ il vous plaît !!!! RESPECT


Nous ferons un bout de chemin ensemble jusqu’ à Trient, avec un coureur chinois, assez rigolo. le gars s’ est greffé avec nous et nous suit comme une ombre. Si on boit il boit, si on mange il mange, si on rempli la gourde, lui aussi, même jusqu’ au petit coin….

Il nous observe en permanence, cela nous amuse beaucoup et nous fait rire, on le sent très concentré. En fait, je crois vraiment qu ‘il a fait le bon choix en imitant le seul mec qui a fini tous les UTMB.


D’ ailleurs, ça aura fonctionné, il sera finisher….

La nuit vient de tomber et nous allumons nos frontales pour attaquer notre 2éme nuit blanche. C’ est assez étrange, mais à ce stade de la course, je ne ressent toujours pas le besoin de dormir….

Nous nous séparerons à Trient car nous n’ avons pas le même timing au ravito, je prends plus de temps, à mon grand regret, j’ aurai bien aimer prolonger l’ aventure avec mes 2 copains.


Je repars donc seul en direction de Vallorcine où j’ arrive à minuit pile, 276éme, 30 heures de course.

Et là je commence à trouver le temps long, même si maintenant je sais que je vais aller au bout, j’ ai hâte d’ en finir, un peu trop peut-être !

Par erreur, ou par manque de lucidité, je décide de recharger mes deux flasques, une poignée de raisins secs, et hop, je repart aussitôt!


Arrêt à Vallorcine 7 minutes !!! cherchez l’ erreur, il n’ y a pas un problème là?!?!?


Vallorcine km 154 – Chamonix km 171

Me voilà reparti pour le sprint final, enfin, tout est relatif, un sprint à allure d’ escargot et comme si ça ne suffisait pas, un phénomène nouveau vient de faire son apparition : les hallucinations !


Et oui, je savais que cela pouvait survenir au bout de tant d’ heures d’ effort et surtout lors d’ une 2éme nuit blanche. Je m’ y étais préparé et bien voilà, c’ est chose faite !

Dans mon cas, cela se traduit par des dessins d’ animaux en tous genres qui apparaissent sur les rochers qui bordent le chemin. Je peux vous dire, quand vous montez « Tête aux Vents » la dernière bosse de la course, croyez moi, il y a un paquet de rochers.



C’ est assez étrange de vivre ça et d’ être conscient que la plupart des choses que vous voyez n’ existe pas ! Et pourtant ça a l’ air tellement réel ! A tel point, que par moment je m’ arrête et essaye, avec mon bâton de toucher et gratter les rochers….

Tout là haut, j’ ai vraiment vu des choses étranges, et encore aujourd’hui je me pose la question et me demande si certaines choses étaient réelles ou pas…..

J’ arrive enfin à la Flegère, dernier point de contrôle, qui annonce la dernière descente avant l’ arrivée sur Chamonix.


Il est 3h40 du matin, je suis rôti !!! et impatient de rentrer dans les rues de Cham .

Je ferais la dernière descente avec un coureur réunionnais que j’ ai rencontré dans cette dernière portion de course.

Il a encore plus mal aux jambes que moi, il a vraiment du mal à courir, ses jambes ne le portent plus, mais c’est un costaud, il a déjà terminé plusieurs fois la diagonale des fous à la réunion.


Il va serrer les dents jusqu’ au bout, c’ est décidé, nous franchirons la ligne d’ arrivée ensemble !

Dans la descente nous laissons passer quelques coureurs, puis après une chute monumentale, je relèverai mon compagnon de galère, heureusement une chute sans gravité, enfin, « la gravité » il vient d’ en faire l’ expérience…..lol


Nous entrons enfin dans les rues de Chamonix, Christelle et Joël sont là pour faire les derniers hectomètres de cette belle aventure et nous passerons la ligne d’ arrivée ensemble avec beaucoup d’ émotion, de fierté et de souvenirs qui resteront gravés à jamais.

Une folle aventure humaine qui s’ achève là où elle a commencée il y a 34 heures et 53 minutes.


Je termine 290éme au scratch et 97éme français ( top 100 français!!!)

Je n’ ai qu’ une envie, prendre une douche et aller me coucher…..

Laurent franchira la ligne au petit matin en 38H34 minutes à la 590éme place.


REMERCIEMENTS

Tout d’ abord merci à Christelle, qui me supporte toute l’ année, parce qu’ elle me supporte dans tous les sens du terme…..je pense.

Merci de m’ avoir assister toute l’ année et de ma’ avoir permis de réaliser ce pari un peu fou qui est de participer à une telle course.


Merci à Joël pour ton soutien et ta présence durant cette folle aventure, une assistance aux petits oignons, sans quoi cette belle expérience n’ aurait pas la même saveur.

Merci à Virginie pour les Bretzels, et surtout pour le prêt de ton mari.

Merci à Laurent pour tous ces moments passées ensemble tout au long de l’ année, pourvu que ça dure ! Et encore longtemps !



Merci à Seb et Celine (CAP ENERGIE) qui me permette d’ avoir un pied à terre dans la vallée de Chamonix.

Merci au membres du Castries running club et aux entraîneurs pour leurs conseils mots et messages qui ont été très précieux, avant, après et durant la course.

Merci à tous les coureurs(ses) rencontrés pendant la course et aux bénévoles qui nous apportent beaucoup de réconfort et souvent une bonne ambiance.


Dernière chose, j’ ai reçu une carte postale quelques semaines après la course en provenance de l’ île de la réunion, il s’ agit de mon compagnon de galère de fin de course, je pense qu’ il m’ a retrouvé grasse à mon numéro de dossard. Il a trouvé mon adresse et m’a écrit un beau message de remerciement, et m’ invite chez lui à la réunion si je décide par hasard un jour d’ aller faire la diagonale des fous…..



Une bien belle lettre qui m’ a fait énormément plaisirs et surtout réfléchir…..

Qui clôture parfaitement cette aventure….


Stéphan

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